« 5 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 18-19], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7458, page consultée le 01 mai 2026.
5 janvier [1840], dimanche midi
Bonjour mon petit bien-aimé, bonjour mon cher petit homme. Je me suis porté
malheur en te recommandant le dimanche, une autre foisa je ne te dirai rien puisque
c’est comme ça et j’attendrai que la chose arrive naturellement puisqu’elle est
si facile à effaroucherb.
Pauvre bien-aimé, je sais que tu as passé la nuit à travailler et je fais
toutes sortes d’efforts pour te dissimuler le chagrin que j’en ai. Tu me
recommandais hier de ne pas m’inquiéter de tout ce que nous avions à payer ce
mois-ci. Dieu sait que ce n’est pas de ne pas payer que je m’inquiète mais des
efforts que tu feras pour en venir à bout. Je n’ai pas besoin de payer mes
dettes mais j’ai besoin de ta santé pour vivre. J’ai besoin de ton repos pour être heureuse.
Baise-moi mon Toto, baise-moi mon adoré, aime-moi mon bon petit homme chéri. Il
fait si sombre ce matin que je vois à peine à t’écrire. Je voudrais qu’il plût
à versec pour que Mme Pierceau et Mme Triger ne viennent pas. Peut-être ne
viendront-elles pas sans ça car en quittant Mme Pierceau l’autre soir je ne lui ai rien dit. Dans tous les cas ce sera
la dernière ORGIE d’ici à bien longtemps. Quand je pense qu’il faut que tu
passes la nuit pour me le donner, bien loin d’y avoir du goût j’en ai horreur.
Pauvre bien-aimé petit homme, c’est bien vrai. Quand te verrai-je mon Toto ? Je
voudrais que ce fût tout de suite. Je vais me dépêcher de faire la tisaned pour baigner tes beaux yeux si
tu viens. Jour Toto, jour mon petit o. Jour mon gros To. Papa est bien i. À propos voilà que je retrouve mon bâton de chocolat dans ma poche.
Merci mon Toto, merci mon petit homme, je vous aime.
Juliette
a « autrefois ».
b « effarouchée ».
c « averse ».
d « tisanne ».
« 5 janvier 1840 » [source : BnF, Mss, NAF 16341, f. 20-21], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.7458, page consultée le 01 mai 2026.
5 janvier [1840], dimanche soir, 4 h.
Que fais-tu mon Toto ? Il me semble que tu m’oublies. J’ai comme une [illis.]
indéfinissable qui pourrait bien être une intuition d’un refroidissement dans
ton amour. Il me paraît impossible que tu n’aies pas le temps de venir me voir
au moins une fois dans la journée puisqu’autrefois tu y
venais plusieurs fois par jour et que tu [restais ?] chaque fois plus de temps que dans une seule d’aujourd’hui. Enfin que ce
soit [ma ?] faute ou non ce n’en est pas moins triste et j’ai le
cœur gros de DÉSIR et d’impatience.
Je voudrais que personne ne vînt
aujourd’hui, je ne suis pas d’humeur à voir qui que ce soit que toi. J’espère
que ce vilain temps noir les chassera au lieu de les attirer. Et je prévoyais
le Mignon n’a pas envoyé. Tu avais parfaitement raisonen pensant qu’il n’enverrait
pas avant [le 6 ?]. C’est moi qui suis une bête, je voudrais
bien n’avoir que lui à contenter ce mois-ci, je ne serais pas si tourmentée
pour tes nuits, pour ta santé et pour mon bonheur. Quel
[fichu ?] mois. J’ai repris à Claire son boa qui ne lui servait plus
guère de sorte qu’à présent j’ai la parure complètea, il me semble que si tu as
l’intention de la donner à cette pauvre petite Dédé c’est la saison ou jamais ? Mais j’oublie que tu m’as
défendu d’en parler. Pardon, Toto, je ne le ferai plus jamais mais c’était pour
un bon motif. Baisez-moi, mon cher petit bien-aimé, et pensez que je vous
désire, que je vous attends et que je vous aime de toute mon âme et de toutes
mes forces.
Juliette
a « complette ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
